Interview exclusive : George Tillman Jr raconte Biggie

George Tillman et son casting

Habitué aux comédies afro-américaines qui ne franchissent que rarement nos frontières, George Tillman Jr. ajoute une corde à son arc en se pliant à l’exercice du biopic. Et vu que l’homme n’est pas du genre à faire les choses à moitié, il a décidé de s’attaquer au mythe, Notorious B.I.G.

Présent à Berlin en février dernier, le réalisateur nous parle de sa passion pour la musique de Biggie et nous livre sa version des faits sur le crêpage de chignon des années 90 entre les rappeurs des côtes Est et Ouest dans une des rares interviews accordée pour ce film.

Alors, à l’époque  vous étiez plutôt East coast ou West coast?

J’étais plus East coast. J’aime le storytelling, le hip hop conscient. J’habitais dans le Milwaukee,  jétais donc plus proche de l’East et il y avait quelque chose chez Bad Boys et Biggie qui me parlait vraiment.

Peut-on dire que cette rivalité fait partie du passé ?

Definitivement, et on peut se demander aujourd’hui pourquoi cette guerre a éclaté. C’était un bon moyen de vendre du papier, des disques, faire des interviews. Ces embrouilles ne tiennent à rien. Miss Wallace [la mère de Notorious] me confiait qu’après la fusillade qui a blessé 2Pac, elle l’avait eu au téléphone et qu’il avait essayé de joindre son fils Biggie mais il n’était pas là. C’était avant qu’on accuse Biggie d’avoir monter le coup. On ne saura jamais de quoi il s’agissait mais ce coup de fil aurait pu tout changer.

Quel est votre relation avec Notorious B.I.G. ?

Je suis un grand fan de sa musique depuis 1995. Je faisais Soul Food et je voulais même qu’il joue un petit rôle dans le film. J’ai contacté un directeur de casting à Los Angeles qui m’a dit qu’il ne valait mieux pas s’y risquer car il avait un contrat sur sa tête. Vous imaginez ! Je suis toujours resté proche de sa musique, j’ai toujours essayé de travailler avec des producteurs qu’il avait cotoyé pour la musique de mes films. En apprenant à le connaître, j’ai compris qu’il avait une véritable passion pour la musique, mais c’était surtout un homme qui à 24 ans a produit et a amené des jeunes gens sur le devant de la scène comme Junior M.A.F.I.A. ou Lil’ Kim.

Vous l’aviez rencontré ?

Non, mais j’ai eu la chance de diriger son fils C.J. dans le film. C’est comme si je l’avais approché.

Vous ne vous êtes pas intéréssé aux possibles auteurs de sa mort dans le film. Pourquoi ?

J’ai beaucoup lu à ce sujet, parlé à beaucoup de gens. L’affaire n’est d’ailleurs toujours pas close. Mais en tant que réalisateur, j’ai préféré garder mon idée de départ et me concentrer sur l’histoire de ce garçon qui devient un homme.

Et quelle est votre théorie ?

Je pense qu’il s’agit d’un tueur à gages. Je sais que 10 minutes avant sa mort, il y avait la police et les hélicos aux alentours. C’est comme ça que fonctionne la police de Los Angeles normalement. Mais 5 minutes avant la fusillade, tout le monde avait disparu. Où sont-ils tous partis ? Je pense qu’on en apprendra plus dans le futur. Miss Wallace se bat pour ça. Et quand on se bat comme elle, on se rapproche de la vérité.

Pourriez-vous faire un film là-dessus ?

Oui, ce serait intéressant. C’est une histoire qui mérite d’être racontée. Avec beaucoup d’autres personnages et dans un autre genre.

On a l’impression que Biggie sait qu’il va mourir à la fin du film. Vous pensez qu’il savait ?

Je ne sais pas. J’ai toujours voulu faire un film sur les gens qui sont sur le point de mourir. Peut-être que les choses qu’ils font les préparent à mourir. C’est intéressant de voir que Biggie va en Californie alors qu’il n’est pas obligé de s’y rendre. Mais il devait faire face à son destin. Je sais aussi qu’il est resté plus longtemps qu’il ne le devait. Et dans sa dernière interview, à San Francisco, il dit même qu’il ne sait pas s’il va continuer la musique. Et puis il y a ces coups de fil qu’il a passé… Il était venu en paix et était préparé à ça.

Votre vision du rappeur a-t-elle changé ?

Je suis encore plus fan ! Maintenant je pense à lui en tant que véritable conteur d’histoires. Il a tellement de facettes, une personnalité complexe. Il a fait beaucoup d’erreurs dont il a tiré les conséquences.

Qu’avez-vous appris sur son art ?

Il trainait en studios, comme dans le film, pendant 8h avec de l’herbe, du soda et des filles. C’était sa manière de fonctionner, il n’écrivait pas, il avait tout dans sa tête, même si c’était parfois un effort.

2Pac, lui, pouvait enregistrer 20 chansons en une semaine, il était très rapide. Ça venait comme ça. C’est pour cela qu’il sort toujours des albums. Il y en a même un qui sort encore ces temps-ci (rires). Alors qu’on a entendu tout ce qui vient de Biggie.

Vous pensez à un héritier de Notorious aujourd’hui ?

Non, mais Jay-Z a amené le rap à un tout autre niveau commercial. Biggie voulait ouvrir un resto, Jay l’a fait. Une ligne de vêtement, Puffy et Jay l’ont fait. Mais au niveau du contexte, on a plus ça.

Votre chanson préférée de Biggie ?

J’aime Warning et Going back to cali. Warning pour cette façon de raconter une histoire. Il y joue 2 personnages : un au téléphone et un qui joue la victime. Il y dit qu’il ne se laissera pas faire ; c’est une belle façon de prévenir qu’il va faire un malheur et venir vous prendre votre argent (rires). Et Going back to cali est une chanson géniale. Il fait un pas vers les fans West coast et c’est également le dernier son qu’il a écouté avant de mourir comme on le voit dans le film.

George Tillman Jr

Comment avez-vous connu Jamal Woolard, son interprète ?

Je voulais un acteur pro au départ. Je me disais qu’il  y a 20 ans Forest Whitaker aurait pu correspondre. Mais je n’ai pas trouvé le nouveau Forest. Quand les acteurs que j’ai rencontré faisaient le poids, ils n’étaient pas très attirants (rires). Alors on a étendu la recherche au net, sur Youtube. On pensait que ça n’allait pas marcher et un jour, Jamal est entré dans la piece et Miss Wallace a tout de suite flashé sur lui. Il est revenu, et on l’a confronté à des pro à L.A. Et Jamal nous a prouvé qu’il était capable de faire le film.

Il ne s’agit pas vraiment du genre de film que vous réalisez habituellement…

J’ai su que le film parlerait de la famille. Et il parle de tout cela, d’être un mari, un ami. C’est différent de mon travail mais il s’agit des mêmes thèmes.

Comment s’est passé votre rencontre avec Voletta Wallace la mère de Notorious et productrice du film ?

J’ai cru que ça allait être difficile, qu’elle serait là tous les jours. Mais c’était le contraire. C’est elle qui voulait montrer les deux facettes de son fils, le bon côté et le mauvais côté. Elle n’a pas lu les scènes du scénario où elle n’était pas présente. Elle ne connaissait pas cette partie de sa vie, ses relations avec les femmes. Elle était choquée de ce qu’elle a pu voir dans le film, même si elle en avait entendu parler. Je me suis senti à l’aise en tant que réalisateur de pouvoir travailler avec cette liberté et cette honnêteté. Elle m’a aussi totalement laissé tranquille en post-production.

Et avec P. Diddy, co-producteur ?

Je l’ai rencontré 3 fois avant de faire le film. Je lui ai dit ce que je pensais du film et il était d’accord avec moi. Ensuite, on a cessé de se voir jusqu’à une semaine du tournage. Il m’a appelé en me disant qu’il y avait quelques scènes qui n’étaient pas fidèles à la réalité. Et il en parlait pendant des heures, toujours de façon très passionnante. C’est un mec qui ne dort que 3 heures par jour ! Il travaille sans cesse. Il est venu une dernière fois sur le tournage et on a passé un bon moment. Je pensais qu’il allait essayer de s’approprier le film mais j’ai été surpris de voir que ce n’était pas du tout le cas.

Ne voulait-il pas jouer son propre rôle ?

Pourquoi tout le monde me demande ça ? Vous avez des infos ? (rires) Non, il a toujours voulu que ce soit Derek Luke. Je ne voulais pas qu’il joue son propre rôle. Je voulais montrer le jeune Puffy, celui que personne ne connaît et qui vient de se faire virer de son job. Le public peut ainsi prendre conscience du chemin parcouru.

Vous comprenez que Lil’ Kim n’aime pas le film ?

Je pense que Lil’ Kim n’est pas très satisfaite du casting de son personnage. Mais Naturi Naughton a fait un travail formidable sur ce film. Je sais que la relation entre Kim et Biggie était très sexuelle. C’est lui qui a façonné son image, son style, qui lui a dit de la jouer plus sexy. Tous ces différents niveaux de leur relation sont dans le film. Quel est le problème ? Nous avons montré tous ça et Kim reste mon personnage préféré en dehors de Biggie.

Peut-être que Lil’ Kim voulait un film sur sa vie ?

Peut-être bien. Je pense que c’est de ça dont il s’agit. J’aimerais voir ce film.

Vous voudriez le réaliser ?

Non ! (rires)

Antonique Smith est saisissante en Faith Evans…

N’est-ce pas ? Elle est entrée dans la pièce et lui ressemblait tellement… Elle chantait également pareil. Bizarrement, elle a commencé à l’église et pour l’anecdote, des années auparavant, elle avait un accord avec une maison de disques et la véritable Faith Evans a écrit une chanson pour elle sans savoir qui elle était. Pareil pour Kim qui a rencontré Naturi il y a des années. Je ne sais pas ce qui cloche (rires).

Vous avez d’autres projets ?

Pas encore. Je vais me pencher là-dessus dès mon retour. J’ai envie de retourner très vite au travail. Je prends généralement du temps entre les films. Mais le fait de tourner à New York avec des débutants a été rafraîchissant.

Des acteurs avec lesquels vous auriez envie de travailler ?

J’ai très envie de retravailler avec Robert De Niro. J’ai travaillé avec lui sur Men of honor et il était présent à l’avant-première de Notorious. J’espère que ça pourra se faire.

Propos recueillis par Stephon (Berlin – février 2009)

 

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~ par Stephon sur 23 juin 2009.

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