Interview exclusive : Rencontre avec les interprètes de Notorious BIG et P. Diddy

Jamal Woolard

Un matin de février, à l’hôtel Marriott de Berlin. Jamal Woolard fait son entrée dans une chambre dédiée aux interviews où trône l’affiche de son premier film, Notorious. Il tire la gueule, apparemment fatigué de la soirée de la veille. La façon dont il bouge, dont il parle et place ses mots impressionne. Il dispose bel et bien de ce que les rappeurs appellent « swagger », l’attitude.

Ce charisme donne un petit aperçu de ce qu’une interview du vrai Biggie aurait donné. Son collègue, Derek Luke (P. Diddy à l’écran) serre gentiment les mains, il connaît son métier puisqu’il pratique la promo depuis un certain temps (Antwone Fisher en 2003). L’entretien peut commencer.

Jamal, pouvez-vous me parler un peu de la façon dont vous êtes rentré dans le personnage de Notorious BIG ?

Jamal : j’ai fait une sorte de camp d’entraînement pour le rôle de Biggie. J’avais des prothèses dans la bouche comme Marlon Brando (Ndlr : pour son rôle dans Le Parrain). J’imitais son comportement. Je suis aussi allé à la Juilliard School pour y apprendre comment jouer la comédie.

Au final choisirez-vous la musique ou le cinéma ?

Jamal : je suis tombé amoureux du jeu en quelque sorte. C’est vraiment ce que je veux faire actuellement.

Ne pensez-vous pas que ce film risque de nuire à votre carrière musicale ? Les gens ne risquent-ils pas de vous identifier à Notorious BIG ?

Jamal : Non, je ne crois pas. Je pense qu’après ce film, les gens seront curieux d’écouter ce que je fais. Gravy (ndlr : nom de scène de Jamal) est ce que je suis, je n’ai fait que jouer le rôle de Biggie.

Derek, comment êtes-vous arrivé au cinéma ?

Derek : Le hip hop a toujours eu mes faveurs. J’ai dû faire un choix. J’écoutais 2Pac qui était révolutionnaire à sa manière, et puis il y avait Biggie, qui était un conteur d’histoires. Je me suis dit que ma poésie à moi était à l’écran. Je voulais parler de ma génération. Rappeurs et acteurs ont ça en commun. Nous sommes des témoins privilégiés de notre époque et nous venons des mêmes quartiers, avons un parcours similaire.

Quelle a été votre relation avec P.Diddy, le producteur du film, durant le tournage ?

Derek : Puffy est passé des rues d’Harlem à Hollywood. Je l’ai rencontré quelques fois avant le tournage. Il m’a dit qu’il avait aimé mes films, c’est la raison pour laquelle il avait pensé à moi pour jouer son propre rôle au cinéma. Ce fut un honneur car le Hip Hop a une importance considérable aux Etats-unis. J’ai failli refuser le rôle mais j’ai finalement accepté.

Pourquoi avoir hésité ?

Derek : Parce que Diddy est tellement connu… Puis, j’ai appris de mon mentor Denzel Washington (ndlr : avec qui il a joué le rôle principal dans le film Antwone Fisher), qu’il était important de se concentrer sur l’histoire et les personnages. Mais je n’avais qu’une semaine pour me préparer, alors c’est pour cela que j’ai refusé dans un premier temps.

Derek Luke

Qu’avez-vous appris de Biggie ?

 Jamal : Je sais ce que c’est de me battre, de ne pas avoir toutes les belles choses qu’on nous montre. C’est une coïncidence que je poursuive le même rêve que Biggie, celui de rapper, de divertir. En plus, il vient de Brooklyn, tout comme moi. Là-bas c’est un héros, et à sa mort, beaucoup ont aussi perdu espoir.

Quel héritage Biggie a pu laisser au Hip Hop et son quartier, Brooklyn ?

 Jamal : La musique a été bouleversée par la mort de Biggie et de 2Pac. La qualité de leurs textes était incroyable. 2Pac était un poète et Biggie, un véritable parolier. Tout est différent aujourd’hui. Brooklyn aussi a changé mais je n’y suis pas retourné depuis plus d’un an.
J’ai l’impression que ce film peut apaiser les tensions. Les gosses d’aujourd’hui sont à la recherche de modèles. Et pour moi, Biggie était le Shakespeare des temps modernes. Avec un peu de chance, les gosses qui verront le film préfèreront aller dans un studio ou faire quelque chose d’autre plutôt que d’aller dans une mauvaise voie. Pour moi, le plus important est de poursuivre son rêve !

Parlez-moi un peu de la guerre East coast / West coast…

Jamal : Dans le film, on montre l’amitié qui unissait 2Pac et Notorious Big. Les théories selon lesquelles Biggie serait à l’origine du meurtre de 2Pac sont mises de côté. L’accent est mis sur l’impact des médias dans cette histoire.Et puis, il y a cet appel, celui que Biggie voulait passer à 2Pac après la fusillade et que P.Diddy lui a interdit. Les choses auraient peut-être été différentes si cet appel avait eu lieu ?
Derek : c’est une des raisons qui m’a motivé à accepter ce rôle. En tournant la scène dans laquelle Biggie et 2Pac partagent une scène dans le Queens, je me suis dit qu’il était temps pour notre génération de faire face à cette histoire, de la même façon que la mort de JFK et de toutes les théories qui ont entourées le FBI et la CIA.

Nous devons réfléchir sur cette guerre montée de toute pièce par les médias. La côte est et la côte ouest ont besoin de se serrer les coudes. C’est important d’évacuer toute la haine qui existe entre les deux côtes. Je suis originaire de la côte Est et lorsque je suis arrivé à Los Angeles, cette haine n’existait pas. Et tout d’un coup, ce truc est arrivé par les médias. Parlons plutôt des meurtres. Il faut que notre génération se penche sur l’essentiel et non sur cette haine entre East et West coast.

Pensez-vous que ce film aurait pu être fait avant ?

 Derek : Un film se fait quand il peut se faire. En plus, l’expérience a été un peu mystique. Alors qu’on avait commencé le tournage le 8 mars de l’année précédente, le film s’est terminé le 9 mars, date de la mort de Biggie. Le timing était parfait.

Et vous Jamal, est-ce que vous preniez partie pour la côte est, étant vous-même originaire de Brooklyn ?

Jamal : Je ne me suis jamais senti concerné par tout ça. Je savais avant de faire le film que Biggie et 2Pac étaient amis. En plus, 2Pac n’a jamais été originaire de la côte ouest, il vient de Baltimore, c’est en réalité un pur rappeur East Coast, pour moi il n’a jamais été question du contraire. Il a joué dans Juicy, un film qui se passait sur la côte est.

Jamal Woolard

Selon vous, qui sont les nouveaux Biggie et 2Pac ?

Jamal et Derek : Il n’y en a pas !
Jamal : Personne ne peut faire ce ces deux-là ont accompli. Jay-Z est sans doute celui qui se rapproche le plus de Biggie et 2Pac. Il faut beaucoup de choses pour se rapprocher des deux rappeurs à la fois. Vous devez avoir un véritable catalogue comme Jay-Z peut en avoir un aujourd’hui. Il y a les stars et il y a les superstars. Biggie et 2Pac étaient des rois. Je ne sais pas si on aura de nouveau des artistes comme ça.

Kanye West dit que le hip hop est mort. Qu’avez-vous pensez de son dernier effort pour transcender le genre ?

Jamal : Pour moi, en tant que fan de hip hop, Kanye West n’a jamais fait d’album qui fasse partie des classiques. C’est bien de faire de la musique de sonnerie de portable, de la musique pour mettre dans ton iPod. Mais il est difficile de faire des chansons dont les gens se rappelleront pour toujours. (il rappe le début de Juicy). Vous ne pourrez pas chanter du Kanye West comme ça dans dix ans, comme si ça venait de sortir.

Avez-vous parlé à la mère de Biggie, Voletta Wallace, également productrice du film ?

Jamal : Oui, on était en contact tous les jours, sur le plateau. Elle était très impliquée. Je devais lui parler pour essayer d’avoir un maximum d’informations sur son fils. J’avais besoin d’elle pour créer mon personnage, Christopher Wallace [le nom à la ville de Notorious B.I.G.].

L’histoire d’un homme qui grandit…

Jamal : Il y avait 3 personnes en lui : Christopher, le jeune garçon qui rêve de belles voitures, puis il y a eu Biggie le rappeur, et enfin Notorious, la superstar.
Ensuite, après avoir réussi, il retourne dans son quartier voir Sandy (ndlr : une fille a qui il vendait de la drogue).Quand il voit cette ancienne droguée qui a changé, sa conscience s’éveille. Les choses peuvent changer. Il a la même réaction quand il est chez lui, en convalescence, et que son ami vient lui rendre visite ou quand il écoute ce comique à la télé. Il se dit qu’il faut qu’il arrête ses conneries.

Quels sont vos projets maintenant ?

Jamal : Du changement ! (rires) Je veux continuer dans le cinéma à cause de la réalité de ma vie. Avant ce film, je poursuivais un rêve que je n’arrivais pas à attraper. Ca ne marchait pas pour moi. J’étais rappeur de New York parmi tant d’autres, avec beaucoup de situations compliquées, des fusillades, des sales histoires.

Ce film m’a ramené à la réalité. Ma femme était enceinte à l’époque et j’essayais de trouver une solution pour nourrir mon enfant. Encore une coïncidence, Biggie est mort le 9 mars et ma fille est née le 10. Il ya beaucoup de choses comme ça qui me rapprochent du personnage, comme cette attitude. On me demande souvent si je suis resté dans le personnage, mais j’étais comme ça bien avant de faire ce film. J’ai appris quelques trucs pour ajuster ma tête, mes mouvements, mais à l’intérieur, il y avait les mêmes combats, les mêmes rêves.

Propos recueillis par Stephon (Berlin – Février 2009)

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~ par Stephon sur 24 juin 2009.

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